De plus en plus au Sénégal, on parle de valorisation des déchets ménagers, agricoles ou pastoraux dans le cadre de la production d’énergie. Même si certaines réalisations sont en cours dans ce cadre, elles restent encore inconnues de bon nombre de citoyens. Planète Saine s’intéresse aujourd’hui à une des méthodes de valorisation des déchets, à savoir la production de biogaz à partir de la bouse de vache.

De façon simple, le biogaz est un gaz résultant de la fermentation de matières organiques. Selon le site Biogaz-Energie-Renouvelable, le biogaz est un gaz combustible, un mélange en moyenne de méthane (CH4) à 65% et de gaz carbonique (CO2) à 35% (voir ce lien pour plus d’informations).

Il devient facile d’imaginer à quel point le potentiel existe dans notre pays si l’on sait que les déchets organiques se retrouvent partout: dans les dépotoirs comme celui de Mbeubeuss, dans les rues, aux alentours des maisons, dans les enclos, etc. Un des types de déchets que le Sénégal a choisi de valoriser est la bouse de vache, à travers la promotion de biodigesteurs développés par le Programme National de Biogaz Domestique du Sénégal (PNB-SN). Le PNB-SN a vu le jour en 2009, avec une ambition de 8000 biodigesteurs domestiques. Depuis, plusieurs installations ont été effectuées dans nombre de régions.

Composition et fonctionnement du biodigesteur

Le biodigesteur est l’installation dans laquelle est produit le biogaz. Celui développé au Sénégal par le PNB-SN est le modèle CGC 2047. Il est composé:

  • d’un regard d’entrée (ou mélangeur): c’est à cet endroit que sera introduite et mélangée la bouse de vache.
  • d’un dôme: il est relié au regard d’entrée par un tuyau PVC qui lui permet de recevoir directement la bouse mélangée. C’est au niveau du dôme que le gaz sera piégé.
  • d’un regard de sortie: il reçoit la bouse de vache, dépourvue du méthane, une fois que la décomposition de la matière s’est effectuée. En effet, la bouse est expulsée vers le regard de sortie par une pression exercée par le gaz piégé.
  • de compostières: ce sont les compartiments du biodigesteur qui accueillent la matière, une fois le regard de sortie rempli. En effet, la matière qui se retrouve dans les compostière est de la bouse de vache dépourvue de méthane, qu’il faut mélanger à de la paille et quelques autres éléments pour faire un bon compost.
  • de canaux de dérivation: ce sont les canaux à travers lesquels la matière passe du regard de sortie aux compostières.
  • d’une vanne: située sur le dôme, elle permet, à travers des tuyaux, de transporter le gaz formé du biodigesteur à la cuisine où des brûleurs seront alimentés pour la cuisson et un point lumineux pour l’éclairage.

Avantages du biodigesteur

Le principal rôle des biodigesteurs développés au Sénégal est de servir de substitution aux combustibles domestiques traditionnels (bois et charbon de bois). Ainsi, les effets de pollution notées avec ceux-ci et qui affectent l’air et la santé des populations disparaissent car le biodigesteur n’émet pas de fumée. Un autre avantage réside dans le fait même de récupérer la bouse de vache qui, lorsqu’elle ne l’est pas, se concentre à certains endroits et pose un problème sanitaire pour les animaux ou les personnes en contact avec les lieux. Cette concentration favorise aussi le dégagement du méthane qui est un gaz à effet de serre. Par contre, lorsque la bouse est utilisée dans un biodigesteur, le méthane est rendu utile pour la cuisson et l’éclairage et donc, n’est pas relâché dans l’air.
Par ailleurs, le biodigesteur permet aux populations de se libérer de la corvée relative à la recherche, de plus en plus difficile, de bois. En outre, il permet aux utilisateurs d’économiser plus d’argent, car n’ayant plus besoin de dépenser pour s’approvisionner en combustibles domestiques.
Du point de vue des ressources forestières, l’implantation des biodigesteurs permet de diminuer la pression exercée sur celles-ci. Pour information, l’exploitation de charbon de bois a été responsable de la régression de 30 000 ha de forêts entre 1981 et 1990 et 25 000 ha entre 1991 et 2005.

Inconvénients du biodigesteur

Le premier inconvénient du biodigesteur est relatif à la disponibilité de la bouse de vache. En d’autres termes, il faut impérativement l’installer à un endroit où la bouse est disponible et accessible continuellement. Un autre problème est lié au chargement (mettre la bouse dans le regard d’entrée) qui peut parfois être ennuyant pour des personnes peu motivées ou pour qui le lieu d’approvisionnement n’est pas très proche. En effet, il faut un chargement régulier et une quantité bien déterminée: le déficit influe sur la production de gaz et l’excès peu créer des problèmes tels que des obstructions à certains niveaux du biodigesteur.
Cependant, le problème le plus crucial à prendre en considération reste le fait que le méthane, contrairement au butane que nous avons dans les bombonnes, ne sent pas. Autrement dit: lorsqu’il y a fuite de gaz butane dans notre cuisine, nous pouvons le sentir à temps à travers l’odeur; par contre lorsqu’il y a fuite de méthane, il n’y a pas d’odeur qui se dégage. Dans ce cas, il suffit d’une petite étincelle pour que la catastrophe se produise.

Solutions possibles

Comme pour tout inconvénient, des solutions peuvent être envisageables. C’est aussi le cas du biodigesteur. Vu qu’il n’est pas pertinent de l’installer dans certaines zones du pays, à cause de l’absence quasi-totale de bouse de vache, il est possible de développer des biodigesteurs dont la matière première serait autre chose. Il en existent qui fonctionnent à base d’ordures ménagères, plus d’organisation dans le secteur pourrait permettre d’explorer ce créneau.
En plus, la recherche pourrait aider à tester la possibilité d’utiliser encore d’autres matières premières, particulièrement des espèces végétales envahissantes. Ce qui est d’ailleurs en cours avec l’Institut des Sciences de l’Environnement (ISE), en collaboration avec l’Agence Nationale des Ecovillages (ANEV).
Par rapport au problème lié à l’odeur, il serait aussi pertinent d’étudier la possibilité de mettre des capteurs qui émettront un signal sonore en cas de fuite, ou encore d’ajouter au méthane produit une substance qui lui procurerait une odeur. Cette dernière proposition (ajout d’une substance) est plus envisageable dans le cadre de la production industrielle de biogaz (actuellement, le PNB-SN ne développe que des biodigesteurs domestiques dont les tailles varient de 4 à 18 m3).

Plus d’informations

Pour plus d’informations concernant les biodigesteurs domestiques au Sénégal, les contacts suivants peuvent être utiles:

  1. Programme National de Biogaz Domestique du Sénégal:
    • Adresse: Sham Jardins Maraîchers, Kaolack / 104 Rue Carnot, 5e 2tage, Dakar.
    • Téléphone: 33 942 23 29.
  2. Projet Ecovillages/JICA (ce projet a procédé à des installations de biodigesteurs dans la région de Louga, en collaboration avec le PNB-SN):
    • Adresse: Sicap Liberté 3, Villa num 2082 x Av. Bourguiba, Dakar
    • Téléphone: 33 824 33 66 / 33 824 52 00.

Image de: Green Univers

Ramata

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