La dégradation des terres est, comme dans la plupart des pays du Sahel, un problème majeur au Sénégal. Elle est la cause de plusieurs cas d’abandon de parcelles destinées à l’agriculture à cause du fait qu’elles deviennent inutilisables car ayant perdu toute leur fertilité. Dans des cas de figures plus complexes, les terres ne servent non seulement plus aux activités agricoles, mais deviennent des terrains dangereux à cause de l’aspect accidenté que leur procure l’érosion.

Ce cas de figure représente une érosion causée par les eaux de ruissèlement: l’érosion hydrique. A Yéba (région de Dakar-Sénégal), le phénomène est spectaculaire, et les conséquences sont désastreuses. Dans le cadre de la lutte contre cette dégradation des terres, l’ONG ADT/GERT(Association pour le Développement des Technologies, la Gestion de l’Espace et des Ressources du Terroir) intervient dans la zone depuis quelques années.

Dans une perspective de gestion intégrée et de pérennisation, l’ONG ADT/GERT met surtout l’accent sur d’importants points dont les 3 suivants:

  1. une approche paysage;
  2. une responsabilisation des populations;
  3. une utilisation de matériaux locaux.

    APPROCHE PAYSAGE:

Il s’agit ici d’une vision holistique du terroir. Certes, le village de Yéba constitue la zone d’intervention de l’ONG, mais l’approche paysage permet de le localiser dans son milieu afin de pouvoir ressortir toutes les interactions avec les autres composantes. Cela permet une optimisation de l’intervention en ayant d’abord une compréhension des différents problèmes, des causes externes au village et des incidences éventuelles des actions à mener à l’intérieur et à l’extérieur du village. Pour le cas de Yéba, l’ONG a choisi de travailler sur la base du bassin versant dans lequel se situe le village. Ainsi, elle a la possibilité d’appréhender certains points tels que:

  • le niveau de dégradation des terres de la zone: à travers certains indicateurs tels que le réseau de ravins causés par les eaux de pluie;
  • le type d’ouvrages à installer et la technique à appliquer: en observant le type de dégât précis, dans un contexte bien donné;
  • l’endroit à partir duquel il faut commencer à intervenir: par rapport à l’évolution de l’action de dégradation.

L’image suivante permet de comprendre en quoi cette approche est importante. Elle représente le village de Yéba dans l’ensemble du bassin versant auquel il appartient:

Yba_Plante-saine.pngPlus précisément:

Capture_Yba1.png–La crête constitue la limite supérieure du bassin versant dans lequel appartient le village de Yéba. Les eaux s’écoulent de part et d’autre de la crête. Les flèches vers le bas indiquent l’écoulement des eaux qui vont vers le village.Capture_Yba2.png—Le bassin versant comporte plusieurs ravins mais il y en 2 qui sont particuliers du point de vue de leur importance (taille, dégâts causés).

Capture_Yba3.png—Toutes les eaux qui ruissèlent au niveau du bassin versant convergent vers Yéba, ce qui explique l’importance de l’érosion hydrique dans le village.


  • RESPONSABILISATION DES POPULATIONS:

La pertinence de cette approche, si elle est bien appliquée, n’est plus à démontrer. L’ONG ADT/GERT a choisi, dans le cadre de la mise en œuvre de son projet, de responsabiliser la population concernée. Cela est d’autant plus facile que les habitants de Yéba sont les premiers à vouloir récupérer leurs terres agricoles. Et ici, l’engagement est réel car aussi bien les hommes que les femmes participent aux travaux, même si ceux-ci sont très durs. Les habitants de Yéba ont été formés aux différentes techniques nécessaires à la réalisation des ouvrages de lutte anti-érosive. De ce fait, un aspect important de la pérennisation est pris en compte.

Femmes Yéba


  • UTILISATION DE MATÉRIAUX LOCAUX:

Pour la mise en place aussi bien de cordons pierreux que de digues anti-érosives (entre autres), ADT/GERT veille à ce que les matériaux utilisés existent au niveau local. Pour les responsables de l’ONG, cela permet de résoudre le problème de la disponibilité et de l’accessibilité. Ainsi donc, les ouvrages réalisés sont en grande partie faits de pierres trouvées dans la zone. Au delà des pierres, des arbres (Eucalyptus camaldulensis; Acacia senegal, etc.) aussi sont reboisées le long des digues ou des cordons pierreux pour en augmenter l’efficacité.


Les activités menées par la population avec l’appui de l’ADT/GERT ont permis, en environ 4 ans, de modifier le paysage. Le couvert végétal commence petit à petit à se reconstituer avec le retour d’espèces. Lors d’une visite dans la zone, le 1er Mars 2014, plus d’une dizaine d’espèces végétales ont été recensées dont un pied de Ceiba pentandra (fromager). Par ailleurs, il a aussi été observé une évolution au niveau du sol qui était complètement érodé et qui commence, à certains endroits à retrouver des particules de sable.

Cependant, les effets de l’érosion hydrique ne se limitant pas uniquement dans les champs de culture, les habitants de Yéba sont confrontés à d’autres difficultés. Les eaux de pluies, en convergeant vers le village, gagnent de plus en plus de force. Ce qui fait que les dégâts sont plus énormes en aval, c’est à dire au niveau du village. En effet, la force grandissante des eaux fait que l’agrandissement du ravin se fait en sens inverse. Par exemple, lorsque les eaux se dirigent d’Est en Ouest, les dégâts sont plus accentués à l’Ouest qu’à l’Est. Ainsi donc, à Yéba, les eaux de pluies menacent les habitations, l’école et ont même eu à ravager une partie du cimetière.

Toutefois faudra-t-il noter que bien que les dégâts se fassent plus ressentir en aval, les ouvrages anti-érosifs doivent être installés en partant de l’amont. Cela se justifie par le fait que les ouvrages en amont contribuent à freiner la vitesse des eaux et donc à atténuer les effets négatifs. Par contre s’ils sont directement implantés en aval, ils y aura de fortes chances qu’ils soient détruits par la force des eaux.


Au vu du calvaire vécu par les habitants de Yéba, il n’est pas du tout surprenant de les voir s’impliquer dans les activités de l’ONG afin de protéger leur terroir. Seulement, ce type d’interventions requiert une certaine technicité et une grande patience, qui malheureusement n’est pas le fort de tous. Quoi qu’il en soit, les effets positifs se font ressentir progressivement, le but ultime étant d’arriver à maitriser les eaux de pluies à tel point qu’elles ne soient plus sources de dégâts. En attendant, la population de Yéba essaye de trouver une utilité au grand ravin du village en le transformant en route plus ou moins améliorée pour faciliter le passage des véhicules.

Ravin-route_YébaRamata.

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